La grossesse transforme le corps de nombreuses manières, mais peu de femmes savent qu’elle peut aussi affecter le foie. La cholestase intra-hépatique de la grossesse (CIG), aussi appelée cholestase obstétricale, est une affection hépatique qui ne se produit qu’au cours de la grossesse. Elle n’est pas dangereuse pour la mère, mais elle peut mettre en péril la vie du bébé. Ce n’est pas une maladie courante - elle touche environ 1 à 2 grossesses sur 1 000 aux États-Unis - mais dans certaines populations, comme celles d’Amérique du Sud, elle peut concerner jusqu’à 15 % des femmes enceintes.
Qu’est-ce que la cholestase intra-hépatique de la grossesse ?
La CIG se produit lorsque les hormones de la grossesse, surtout l’œstrogène, perturbent le flux normal de la bile dans le foie. La bile, qui aide à digérer les graisses, s’accumule dans le sang au lieu d’être éliminée. Cela provoque une augmentation des acides biliaires dans le sang - un marqueur clé du diagnostic. Les niveaux normaux sont inférieurs à 10 µmol/L. Au-delà de 10, on parle de CIG. Au-delà de 40, la situation devient sérieuse. Et si les niveaux dépassent 100 µmol/L, le risque de mort fœtale in utero augmente de plus de 10 fois.
Le principal symptôme est une démangeaison intense, surtout la nuit, sur les paumes des mains et les plantes des pieds. Contrairement à une éruption cutanée, il n’y a pas de lésion visible sur la peau. Beaucoup de femmes pensent d’abord que c’est une réaction allergique ou une peau sèche. Mais si la démangeaison apparaît au troisième trimestre - généralement entre la 28e et la 36e semaine - et qu’elle est persistante, il faut penser à la CIG.
Qui est à risque ?
La CIG ne touche pas toutes les femmes de la même manière. Certains facteurs augmentent fortement le risque. Si vous avez déjà eu la CIG lors d’une grossesse précédente, vous avez jusqu’à 70 % de chances de la retrouver. Si votre mère ou votre sœur l’a eue, votre risque est 12 à 15 fois plus élevé. Les grossesses multiples - jumeaux ou triplés - augmentent le risque de 3 à 5 fois. Les femmes ayant eu recours à la fécondation in vitro ont aussi un risque doublé.
Les origines géographiques comptent aussi. Les femmes d’origine chilienne, scandinave ou bolivienne ont des taux beaucoup plus élevés. En Chili, près de 16 % des grossesses sont concernées. En Suède, où le dépistage est systématique depuis 2018, les décès fœtaux liés à la CIG ont baissé de 35 %. Aux États-Unis, seulement 42 % des gynécologues dépistent systématiquement la CIG - la plupart n’agissent que si la patiente se plaint de démangeaisons. Cela signifie que les diagnostics sont souvent retardés de 7 à 10 jours, ce qui augmente les risques.
Comment est-elle diagnostiquée ?
Il n’y a pas de test simple comme une prise de sang standard. Le diagnostic repose sur deux éléments : les symptômes et les analyses. Le test le plus fiable est la mesure des acides biliaires sériques. Un niveau supérieur à 10 µmol/L confirme la CIG. Les enzymes hépatiques - ALT et AST - sont souvent élevées chez 60 à 70 % des femmes, mais elles ne suffisent pas à poser le diagnostic. Elles peuvent aussi être augmentées dans d’autres conditions.
Un nouveau marqueur, l’enzyme autotaxine, montre une précision de 98,6 % pour détecter la CIG. Il est encore utilisé principalement en recherche, mais il pourrait devenir le standard dans les prochaines années. En 2023, la FDA a approuvé un test rapide appelé CholCheck®, qui donne un résultat en 15 minutes au lieu de 2 à 3 jours. Il est déjà utilisé dans 65 % des hôpitaux de niveau III et IV aux États-Unis.
Il est important de distinguer la CIG des autres maladies du foie pendant la grossesse, comme la stéatose hépatique aiguë de la grossesse (AFLP) ou le syndrome HELLP. Ces conditions sont rares mais beaucoup plus graves. Elles s’accompagnent d’hypertension, de douleurs abdominales, de vomissements, et parfois de jaunisse. La CIG, elle, ne cause pas d’hypertension ni de douleurs. Seule la démangeaison intense est typique.
Que faire si on est diagnostiquée ?
Le traitement de première ligne est l’acide ursodésoxycholique (UDCA), à raison de 10 à 15 mg par kilo de poids par jour. Il réduit les démangeaisons de 70 % chez la plupart des patientes. Il diminue aussi les niveaux d’acides biliaires et pourrait réduire les risques de naissance prématurée de 25 %. Même si certains travaux, comme une revue Cochrane de 2022, n’ont pas prouvé qu’il réduit les décès fœtaux, il reste le traitement le plus sûr et le plus efficace pour soulager les symptômes.
Si vous ne tolérez pas l’UDCA, une alternative est la S-adénosylméthionine (SAMe), prise à 800-1600 mg par jour. Les études sont plus petites, mais elles montrent une réduction de 40 à 50 % des démangeaisons. Un autre médicament, la cholestyramine, est parfois prescrite, mais elle peut bloquer l’absorption de la vitamine K - ce qui augmente le risque de saignements après l’accouchement. Elle est donc réservée aux cas où les autres traitements échouent.
Il n’existe pas de traitement naturel prouvé. Les remèdes à base de plantes, les bains froids ou les crèmes apaisantes peuvent soulager temporairement, mais ils ne réduisent pas les acides biliaires. Le seul moyen de protéger le bébé est de contrôler les niveaux dans le sang.
Surveillance fœtale et plan d’accouchement
La CIG n’est pas une maladie qui se guérit par elle-même. Elle se résout après l’accouchement - dans 95 % des cas, les symptômes disparaissent en 1 à 3 jours. Mais pendant la grossesse, le bébé est en danger. Le risque de mortinatalité augmente avec les niveaux d’acides biliaires. C’est pourquoi la surveillance est essentielle.
Les recommandations actuelles - de l’ACOG et du RCOG - prévoient des tests de non-stress deux fois par semaine à partir de la 32e à la 34e semaine. Cela permet de surveiller le rythme cardiaque du bébé et sa réactivité. Si les acides biliaires sont supérieurs à 100 µmol/L, les médecins recommandent souvent une naissance prématurée entre la 34e et la 36e semaine. Pour les cas légers (moins de 40 µmol/L), la naissance est planifiée entre la 37e et la 38e semaine.
Une nouvelle approche émerge : suivre l’évolution des acides biliaires plutôt que de se baser sur une seule mesure. Certains patients voient leurs niveaux doubler en deux semaines. Une femme avec 35 µmol/L à la 32e semaine peut en avoir 80 à la 36e. Si on attend trop longtemps, le risque augmente. Les cliniques les plus avancées utilisent maintenant des courbes de progression pour décider du moment idéal de l’accouchement.
Conséquences à long terme pour la mère
La CIG ne disparaît pas avec l’accouchement - elle laisse des traces. Les femmes qui ont eu cette maladie ont 3,2 fois plus de risques de développer des problèmes hépatobiliaires plus tard dans la vie : hépatite C, hépatite chronique ou calculs biliaires. Le risque de calculs biliaires est particulièrement élevé - 4,3 fois plus que chez les femmes sans antécédent de CIG.
Cela signifie qu’il est important de faire un suivi hépatique après la grossesse. Un bilan hépatique simple, une fois par an, peut détecter les premiers signes de maladie du foie. Même si vous vous sentez bien, ne négligez pas cette étape. La CIG est un signal d’alerte pour votre foie à long terme.
Que faire si vous avez des démangeaisons ?
Ne vous contentez pas d’attendre. Si vous êtes enceinte et que vous avez une démangeaison intense, surtout la nuit, demandez un test d’acides biliaires. Ne laissez pas votre médecin vous dire que c’est « normal » ou « juste une peau sèche ». La CIG est sous-diagnostiquée parce que les symptômes sont mal compris. Si votre médecin ne propose pas de test, demandez-le explicitement. Vous avez le droit à un dépistage.
Si vous êtes diagnostiquée, travaillez avec un spécialiste en médecine fœtale. La majorité des grands hôpitaux aux États-Unis ont des protocoles standardisés pour la CIG. En Europe, les pays scandinaves sont en avance - le dépistage systématique a sauvé des vies. Il est temps que ce soit la norme partout.
La CIG n’est pas une maladie que vous avez causée. Ce n’est pas votre faute. C’est une complication biologique de la grossesse, liée à votre génétique et à vos hormones. Ce qui compte, c’est comment vous réagissez. Un diagnostic rapide, un traitement adapté et une surveillance rigoureuse peuvent faire la différence entre un accouchement en toute sécurité et une tragédie.
Vous n’êtes pas seule. Des milliers de femmes traversent cela chaque année. Avec les bons outils, la CIG peut être gérée sans danger pour votre bébé.
13 commentaires
Alexandre Z
Je sais pas pourquoi on fait tout un foin avec cette histoire de démangeaisons… J’ai eu trois gosses, j’ai gratté comme un chien en été, et pourtant j’ai jamais eu de truc bizarre. Trop de médecins qui cherchent des problèmes là où il n’y en a pas. C’est juste la peau qui stretche, point.
christophe gayraud
Et si c’était une arnaque de Big Pharma ? Les acides biliaires, c’est une invention pour vendre de l’UDCA à 200€ la boîte. Regardez les études : toutes financées par des labos suisses. Et pourquoi le test CholCheck® n’est pas disponible en France ? Parce qu’ils veulent garder le système lent, pour justifier les visites coûteuses. Les bébés ne meurent pas de cholestase… ils meurent de la méfiance envers les médecins.
Colin Cressent
Il convient de souligner que la cholestase intra-hépatique de la grossesse constitue une entité pathologique bien définie, dont la prévalence varie selon les contextes génétiques et géographiques. Il est impératif de procéder à une évaluation biochimique rigoureuse afin d’éviter toute confusion avec des affections cutanées bénignes. La littérature médicale actuelle soutient l’usage de l’acide ursodésoxycholique comme traitement de première intention.
Yann Pouffarix
Je suis allé voir mon gynéco à la 34e semaine parce que je grattais comme une folle la nuit, et il m’a dit : ‘C’est normal, tu grossis’. J’ai insisté, j’ai demandé le test d’acides biliaires, il a fait la tête. J’ai dû aller dans un centre privé à 80km, payer 150€, et le résultat : 87 µmol/L. J’ai eu mon bébé à 35 semaines, il est en bonne santé. Mais si j’avais écouté mon gynéco, je serais peut-être en train de pleurer sur une tombe. Les médecins ne savent plus rien. Ils sont trop pressés, trop fatigués, trop désabusés. Et les femmes, elles, elles sont obligées de se battre pour qu’on les prenne au sérieux. J’ai eu peur. Vraiment peur. Et je ne veux pas que quelqu’un d’autre vive ça.
Marie Jessop
En France, on n’a pas besoin de ces tests américains. On a des médecins formés, des protocoles solides. Pourquoi importer des trucs qui coûtent une fortune ? La cholestase, c’est un problème de femmes qui ont trop de stress, trop de sucre, trop de médicaments. On a des remèdes traditionnels, des plantes, des bains de lavande. Ce n’est pas la faute de la génétique, c’est la faute du mode de vie moderne. On devrait réapprendre à vivre, pas à payer pour des analyses.
Pastor Kasi Ernstein
La cholestase est un signe de l’ordre mondial nouveau. Les hormones de la grossesse sont manipulées par les OGM et les vaccins. Les acides biliaires élevés sont une signature de l’ingérence des laboratoires. Le test CholCheck® est un piège pour surveiller les femmes. La vérité est cachée. Les Scandinaves ont baissé les décès parce qu’ils ont arrêté les vaccins prénataux. Le vrai traitement, c’est l’arrêt de tout produit chimique. Je prie pour les mères.
Diane Fournier
Je lis tout ça, et je me dis : encore une fois, les femmes sont les seules à devoir prouver qu’elles ne sont pas folles. J’ai eu la CIG, j’ai eu un bébé prématuré, et on m’a dit que c’était ‘juste une coïncidence’. Puis j’ai lu l’article, et j’ai vu : ‘les niveaux au-delà de 100 multiplient le risque par 10’. Et moi, j’étais à 112. Je me suis sentie comme une bombe à retardement. Et maintenant, je vois des femmes dire ‘c’est normal’. Non. Ce n’est pas normal. Ce n’est jamais normal. On devrait faire un test à chaque grossesse, dès la 28e semaine. Point. Pas de discussion. Pas de ‘attendons qu’elle se plaigne’.
Nathalie Silva-Sosa
Je suis infirmière en maternité, et je peux vous dire que la CIG est sous-diagnostiquée à 90%. Les femmes ont peur d’être jugées, alors elles gardent le silence. J’ai vu une patiente qui grattait jusqu’au sang, et elle ne disait rien parce que sa mère lui avait dit ‘les grossesses, c’est comme ça’. J’ai insisté pour le test, elle a eu 92 µmol/L. On a accouché à 35 semaines. Le bébé va bien. J’adore quand les gens disent ‘les remèdes naturels’… mais si ton bébé meurt, les crèmes de menthe ne le ramèneront pas. Faites le test. C’est rapide, indolore, et ça peut sauver une vie. ❤️
Seydou Boubacar Youssouf
La vie est une boucle. Le foie filtre, la mère porte, le bébé naît. La nature sait ce qu’elle fait. Mais l’homme, lui, il veut mesurer, contrôler, traiter. Et si la démangeaison, c’était juste le corps qui disait : ‘je suis en train de transformer ton être’ ? Et si la solution, ce n’était pas de réduire les acides biliaires, mais d’écouter ce que le corps essaie de nous dire ? La grossesse n’est pas une maladie à corriger. C’est une révolution intérieure. Et peut-être que les médecins oublient ça.
Nathalie Tofte
Il y a une erreur dans le texte : ‘l’acide ursodésoxycholique’ est correctement orthographié, mais ‘S-adénosylméthionine’ doit s’écrire ‘S-Adénosyl-L-méthionine’ avec un L majuscule, conformément à la nomenclature IUPAC. De plus, la référence à la revue Cochrane 2022 est mal citée : le numéro de l’étude est CD008967, et non ‘2022’. Ce genre d’imprécision nuit à la crédibilité d’un article médical. Il faut être rigoureux.
Henri Jõesalu
Je suis papa, et ma femme a eu la CIG. On a tout lu. On a tout cherché. Et j’ai vu ce qu’elle a vécu : des nuits sans sommeil, des larmes, la peur. Et puis j’ai vu les médecins qui la regardaient comme si elle mentait. J’ai voulu crier. J’ai voulu frapper. J’ai pas pu. Alors j’ai écrit à 30 gynécos. J’ai demandé : ‘Pourquoi vous attendez qu’elle se plaigne ?’. Aucun n’a répondu. Mais j’ai trouvé un hôpital qui fait le test dès 28 semaines. On a eu notre bébé en sécurité. Mais ça aurait pu être autrement. Et si vous êtes enceinte et que vous grattez… dites-le. Dites-le. DITES-LE.
Jean-marc DENIS
Je suis d’accord avec la majorité des points, mais je me demande : pourquoi on ne parle jamais de l’impact psychologique ? La CIG, c’est pas juste des acides biliaires. C’est la peur de perdre ton bébé. C’est le sentiment d’être un fardeau. C’est la honte de ne pas être ‘normale’. J’ai vu des femmes qui ont arrêté de se maquiller, de sortir, de parler. Parce qu’elles avaient peur qu’on les regarde, qu’on les juge. Le traitement, c’est pas que l’UDCA. C’est aussi qu’on les écoute. Vraiment.
Louis Stephenson
Je suis content que ce sujet soit enfin abordé. J’ai eu deux grossesses, et la deuxième, j’ai eu la CIG. J’ai cru que j’étais folle. J’ai cru que c’était ma faute. Mais après avoir lu ce post, j’ai compris : ce n’est pas moi. C’est mon corps. Et je suis fière d’avoir demandé le test. J’ai eu mon bébé à 37 semaines. Il est en pleine forme. Et maintenant, je dis à toutes les femmes que je connais : ‘Si tu grattes, demande le test. Pas de honte. Pas d’attente. Juste un prélèvement. Et peut-être… une vie sauve.’