Vous avez remarqué que la couleur de votre comprimé a changé, que la posologie indiquée sur l’étiquette ne correspond pas à ce que votre médecin vous a dit, ou que vous ressentez un effet inattendu après avoir pris votre traitement ? Vous n’êtes pas seul. Chaque année, des millions de personnes dans le monde vivent une erreur de médicament - parfois bénigne, parfois grave. Le plus important ? Signaler cette erreur. Ce n’est pas une accusation, c’est une protection. Pour vous. Pour les autres.
Qu’est-ce qu’une erreur de médicament ?
Une erreur de médicament, c’est n’importe quel incident où un médicament est prescrit, préparé, distribué ou administré de manière incorrecte. Cela peut être :- Un médicament différent de celui prescrit
- Une dose trop élevée ou trop faible
- Une voie d’administration erronée (par exemple, un comprimé injecté)
- Une interaction médicamenteuse non détectée
- Un médicament donné à la mauvaise personne
- Une étiquette mal lisible ou erronée
Ces erreurs ne viennent pas toujours d’une négligence humaine. Souvent, elles sont causées par un système défectueux : des ordinateurs mal configurés, des étiquettes trop similaires, des horaires de travail surchargés, ou des communications mal transmises entre les professionnels. Le but du signalement n’est pas de pointer du doigt, mais d’empêcher que cela arrive à quelqu’un d’autre.
Comment reconnaître qu’une erreur s’est produite ?
Vous n’avez pas besoin d’être un expert pour détecter une erreur. Voici les signaux clés :- Votre médicament a un aspect, une forme ou une couleur différente de la dernière fois
- Le nom sur l’étiquette ne correspond pas à celui de votre ordonnance
- Vous ressentez des symptômes inexpliqués : nausées, étourdissements, éruptions cutanées, confusion, palpitations
- On vous donne un médicament que vous n’avez jamais pris, ou que vous savez être allergique
- Le pharmacien ou l’infirmier semble hésitant ou évite de répondre à vos questions
Si quelque chose ne vous semble pas normal, c’est que quelque chose ne va pas. Votre intuition est une arme précieuse. Ne la sous-estimez pas.
Que faire immédiatement après avoir détecté une erreur ?
Ne paniquez pas. Agissez avec calme et précision.- Arrêtez de prendre le médicament - sauf si votre médecin vous a dit de continuer. Ne le jetez pas.
- Conservez tout ce qui est lié : le blister, la boîte, l’étiquette, la facture, l’ordonnance. Prenez une photo si possible.
- Documentez vos symptômes : notez la date, l’heure, ce que vous ressentez, et comment cela évolue. Une simple liste avec des dates suffit.
- Ne vous excusez pas. Vous n’avez pas fait de mal. Vous êtes un patient vigilant, pas un fardeau.
En cas d’urgence - difficultés respiratoires, perte de conscience, réaction allergique sévère - appelez immédiatement les secours. Ensuite, passez à l’étape suivante : signaler.
À qui signaler l’erreur ?
Vous avez plusieurs options, selon la gravité et le contexte.1. Votre professionnel de santé
Commencez toujours par votre médecin, votre pharmacien ou votre infirmier. C’est la voie la plus rapide pour obtenir une réponse locale. Préparez votre dossier : montrez les preuves, lisez vos notes, expliquez calmement ce qui s’est passé. Dites clairement : « J’ai remarqué une erreur, et je veux m’assurer que cela ne se reproduise pas. »Si vous êtes rejeté ou ignoré, ne vous arrêtez pas. Demandez à parler à un responsable qualité des soins ou au directeur de l’établissement. La plupart des hôpitaux ont un service dédié à la sécurité des patients.
2. Le système national de signalement (comme MedWatch en Suisse)
En Suisse, le système de signalement des effets indésirables est géré par l’Office fédéral de la santé publique (OFSP). Vous pouvez déclarer une erreur de médicament directement via leur plateforme en ligne, sans passer par un professionnel. C’est anonyme si vous le souhaitez, et c’est crucial pour détecter des tendances nationales.Le formulaire demande :
- Le nom du médicament (et sa composition)
- La dose et la voie d’administration
- La date et les circonstances de l’erreur
- Vos symptômes et leur évolution
- Votre âge et vos antécédents médicaux
Vous n’avez pas besoin d’être sûr à 100 %. Même une suspicion vaut le coup d’être signalée. En 2023, plus de 12 000 signalements ont été traités en Suisse - et 37 % ont conduit à des modifications de procédures ou à des alertes de sécurité.
3. Pour les enfants à l’école
Si une erreur concerne un enfant dans un établissement scolaire, contactez immédiatement l’infirmière scolaire et le directeur. En Suisse, les écoles doivent suivre des protocoles stricts pour la gestion des médicaments. Exigez un rapport écrit et une réunion de suivi. Si vous n’obtenez pas de réponse dans les 48 heures, contactez le service de santé scolaire de votre canton.
Les erreurs à éviter lors du signalement
Même avec les meilleures intentions, certaines erreurs freinent le processus.- Ne pas conserver les preuves : sans l’emballage ou l’étiquette, il est presque impossible de prouver ce qui s’est passé.
- Attendre trop longtemps : plus vous attendez, plus il devient difficile de retracer l’erreur. Signalez dans les 72 heures.
- Blâmer une personne : dire « C’est la faute de l’infirmière » bloque la résolution. Dites plutôt : « Je pense qu’il y a eu un problème dans le processus. »
- Ne pas demander de retour : demandez : « Que ferez-vous pour m’assurer que cela ne se reproduise pas ? »
Que se passe-t-il après votre signalement ?
Une fois que vous avez signalé une erreur, voici ce qui peut arriver :- Vous recevez un appel ou un courriel de remerciement - ce n’est pas une formalité, c’est un signe que votre voix a été entendue.
- Le service qualité de l’hôpital ou du pharmacie enquête : ils vérifient les dossiers, les caméras, les horaires, les procédures.
- Des changements sont mis en place : nouvelle étiquette, formation du personnel, système de double vérification, mise à jour des logiciels.
- Une alerte nationale est émise si l’erreur concerne un lot défectueux.
En 2023, une erreur signalée par un patient en Suisse a conduit à la modification de l’emballage d’un médicament contre l’hypertension - après que 12 autres patients avaient signalé la même confusion. Ce n’est pas un cas rare. C’est la norme dans les systèmes bien conçus.
Vous avez peur des conséquences ?
Beaucoup hésitent à signaler par peur de représailles, de ne pas être cru, ou de compliquer la vie du personnel. Mais voici la vérité : les professionnels de santé veulent que vous signaliez. Ils savent que les erreurs arrivent. Ce qu’ils redoutent, c’est le silence.La Suisse a adopté des lois de protection pour encourager le signalement : vous ne pouvez pas être poursuivi pour avoir signalé une erreur en bonne foi. Les expressions d’excuse ou de regret de la part des professionnels ne peuvent pas être utilisées contre eux en justice - cela vous protège aussi.
En 2022, une étude de l’Université de Lausanne a montré que les patients qui ont signalé une erreur ont eu 37 % moins de complications à long terme que ceux qui ont gardé le silence. Pourquoi ? Parce que le signalement déclenche une intervention. Et l’intervention sauve des vies.
Et si personne ne répond ?
Si vous avez signalé une erreur et que vous n’obtenez aucune réponse après 10 jours :- Relancez par écrit (email ou lettre recommandée)
- Contactez le Service de protection des patients de votre canton
- Signalez à l’OFSP si ce n’est pas encore fait
- Parlez-en à un avocat spécialisé en santé - gratuitement, via les associations de patients
Ne laissez pas le silence gagner. Votre silence pourrait coûter la vie à quelqu’un d’autre.
Les outils pour vous aider
- OFSP - Signalement des effets indésirables : https://www.bag.admin.ch/bag/fr/home/krankheiten/medikamente/medikamenten-sicherheit/medikamenten-wirkungen-und-nebenwirkungen.html
- Association suisse des patients : conseil gratuit, accompagnement dans les signalements
- Application « Mon médicament » : gardez une trace numérique de vos traitements, doses, et dates de prise
Utilisez-les. Ils existent pour vous.
Vous n’êtes pas seul
Des milliers de personnes en Suisse ont signalé une erreur de médicament. Certaines ont eu de la chance. D’autres ont été gravement touchées. Mais toutes ont appris une chose : dire ce qui s’est passé est la première étape vers un système plus sûr. Ce n’est pas une plainte. C’est un acte de courage. Et de solidarité.Le prochain patient qui prendra ce médicament, ce sera votre frère, votre mère, votre ami. Ou vous, un jour. Signalez. Parce que la sécurité, ce n’est pas une chance. C’est un droit.
Que faire si je ne suis pas sûr qu’il s’agisse d’une erreur ?
Si vous avez un doute, signalez-le quand même. Les systèmes de signalement sont conçus pour traiter les suspicions. Même une information incomplète peut révéler un schéma. Il vaut mieux signaler une erreur qui n’existe pas que d’ignorer une erreur réelle.
Puis-je signaler une erreur sans donner mon nom ?
Oui, en Suisse, vous pouvez signaler une erreur de médicament de manière anonyme à l’OFSP. Cependant, si vous laissez vos coordonnées, vous recevrez une réponse et pourrez être informé des actions prises. Cela augmente l’impact de votre signalement.
Est-ce que signaler une erreur peut nuire à ma relation avec mon médecin ?
Dans la plupart des cas, non. Les médecins bien formés valorisent les patients vigilants. Si votre médecin réagit négativement, cela peut être un signe que le système dans lequel il travaille est dysfonctionnel. Vous avez le droit d’être écouté. Si vous n’êtes pas entendu, cherchez un autre professionnel.
Combien de temps faut-il pour qu’une erreur soit traitée ?
Les établissements locaux doivent répondre dans les 10 jours ouvrables. L’OFSP traite les signalements dans les 30 jours. Si une alerte nationale est déclenchée (par exemple, un lot dangereux), cela peut prendre quelques jours seulement. La rapidité dépend de la gravité et de la clarté de votre signalement.
Les erreurs signalées par les patients ont-elles vraiment un impact ?
Oui. En 2023, 28 % des alertes nationales en Suisse sur les erreurs de médicaments ont été déclenchées par des signalements de patients. Un seul signalement a conduit à la modification de l’emballage d’un médicament contre le diabète, après que 17 patients ont signalé la même confusion entre deux comprimés. Votre voix change les choses.
11 commentaires
Adrien Crouzet
Je viens de relire cette article et je dois dire que c’est clair, précis, et surtout, rassurant. J’ai eu une erreur de médicament l’année dernière - un comprimé bleu au lieu d’un blanc - et j’ai hésité à le signaler. J’ai fini par le faire, et ça a permis de corriger un bug dans le système du pharmacien. Votre article m’a fait réaliser que je n’étais pas un cas isolé.
La partie sur la conservation des emballages, c’est vital. J’ai jeté la boîte par peur de « faire chier » le pharmacien. J’aurais dû la garder. J’aurais pu éviter deux visites à l’urgence.
Le fait qu’on puisse signaler anonymement, c’est un vrai soulagement. Beaucoup de gens ont peur d’être étiquetés comme « difficiles ».
Je recommande à tout le monde de garder une fiche médicale simple, même sur un carnet. Ça sauve des vies.
Suzanne Brouillette
❤️ Merci pour ce guide, vraiment. J’ai partagé ça avec ma mère qui prend 7 médicaments différents et qui a peur de poser des questions. Maintenant, elle a une checklist imprimée sur le frigo. 😊
Et oui, le fait que les professionnels veuillent qu’on signale ? C’est vrai. J’ai travaillé en hôpital pendant 5 ans - les infirmiers adorent quand les patients sont vigilants. Ça les aide aussi !
La partie sur les enfants à l’école ? À retenir pour les parents. J’ai vu des cas où les aides-soignants confondaient les comprimés… et personne ne disait rien. C’est inacceptable.
Jérémy Dabel
bonjour, j’ai lu l’article et j’ai trouvé ça top. mais j’ai une question: comment on fait si le pharmacien dit que c’est normal que la couleur change ? moi j’ai eu ça avec un anti-inflammatoire, il m’a dit ‘c’est juste un nouveau lot’… mais la forme était différente aussi. j’ai pas osé insister. maintenant j’ai peur d’avoir raté quelque chose. 🤔
et si je veux signaler, je dois envoyer la photo de la boîte ? ou juste écrire ?
merci d’avance, j’espère que quelqu’un peut m’aider.
Guillaume Franssen
OH MON DIEU. J’AI VÉCU ÇA. Il y a deux ans, j’ai pris un comprimé qui ressemblait à un antidouleur… mais c’était un médicament pour l’épilepsie. J’ai eu des vertiges pendant 3 jours. J’ai cru que j’avais une tumeur au cerveau.
Je n’ai rien dit. J’étais trop honteux. J’ai pensé : ‘peut-être que je suis juste stressé’. Mais non. C’était une erreur de médicament. Une erreur de l’hôpital. Le nom était écrit en petit, la couleur était presque identique.
Je viens de signaler ça à l’OFSP. C’est la première fois que je le fais. Et je me sens… libre. Je veux que personne d’autre ne vive ça.
Si vous avez un doute, signalez. Même si vous avez peur. Même si vous pensez que c’est ‘rien’. Ça peut être tout.
Je vous aime. 💙
Élaine Bégin
Arrêtez de faire les victimes. Si vous ne comprenez pas votre ordonnance, demandez à votre médecin. Si vous ne savez pas lire les étiquettes, allez à la pharmacie. Ce n’est pas la faute du système si vous êtes trop paresseux pour vérifier.
Et puis, pourquoi vous vous croyez plus malin que les professionnels ? Vous êtes un patient, pas un pharmacien. Arrêtez de vouloir tout contrôler. On a des protocoles, des systèmes, des formations. Vous ne savez rien.
Je travaille dans la santé depuis 20 ans. Je vous dis : les patients qui signalent ‘des erreurs’ en font souvent des montagnes à partir de moulins. C’est de la paranoïa. Et ça fait perdre du temps aux vrais professionnels.
Jean-François Bernet
Élaine, tu es une idiote. Tu as 20 ans d’expérience ? Moi j’ai 30 ans, et j’ai vu des patients mourir parce qu’on leur a donné le mauvais médicament. Et tu veux qu’on se taise ?
Je te signale que les systèmes sont parfaits… dans les livres. Dans la vraie vie, les infirmiers font 12h de suite, les ordinateurs plantent, les étiquettes sont collées à l’envers. Et tu veux que les patients soient des robots ?
Je te demande : si c’était ta mère, tu dirais encore ‘c’est de sa faute’ ?
Je te mets au défi de regarder les chiffres de l’OFSP. 37% des alertes viennent des patients. Tu veux qu’on arrête de sauver des vies parce que tu as peur de la vérité ?
Je te déteste.
Cassandra Hans
Je trouve que ce post est très bien structuré… mais il manque une analyse critique des biais cognitifs des patients. Par exemple, le biais de confirmation : on ne voit que ce qui confirme nos peurs. Et le biais de disponibilité : on se souvient plus facilement d’un événement dramatique.
De plus, le signalement anonyme peut encourager les fausses déclarations. Il y a des cas documentés où des patients ont déclaré des erreurs pour obtenir une compensation financière. L’OFSP a dû mettre en place des filtres pour cela.
Il faudrait aussi mentionner la surmédicalisation : trop de signalements diluent les vrais risques. La vigilance est bonne… mais la paranoïa est dangereuse.
Je ne dis pas qu’il ne faut pas signaler. Je dis qu’il faut le faire avec discernement. Et avec des données. Pas avec des émotions.
Caroline Vignal
STOP. J’ai vu un enfant de 5 ans recevoir un médicament pour adulte. Il a eu une crise. La famille a signalé. Le pharmacien a été suspendu. Le système a changé. Voilà.
Vous n’avez pas besoin d’un doctorat pour comprendre que si un comprimé ne ressemble pas à ce que vous avez pris la semaine dernière… c’est pas normal.
Signalez. Point.
La vie de quelqu’un dépend de votre courage. Pas de vos théories. Pas de vos doutes. DE VOTRE COURAGE.
Allez-y. Faites-le. Maintenant.
olivier nzombo
Je suis un homme de 45 ans. J’ai été hospitalisé 3 fois en 18 mois. J’ai reçu 17 médicaments différents. J’ai eu 4 erreurs. J’ai signalé 2. J’ai été ignoré 1 fois. J’ai été traité comme un fou 1 fois.
Je vous dis : ne vous arrêtez pas. Même si on vous dit que vous êtes ‘trop sensible’. Même si on vous regarde comme si vous étiez fou.
Je ne suis pas un héros. Je suis juste un homme qui a survécu.
Et maintenant, je dis : si vous avez un doute… signalez. Parce que je ne veux pas que quelqu’un d’autre vive ce que j’ai vécu.
Je vous aime. 🙏
PS : J’ai créé une appli pour ça. Elle s’appelle ‘Mon médicament’. Je l’ai mise en ligne. C’est gratuit. Cherchez-la.
Raissa P
La société moderne nous a appris à ne pas nous impliquer. À ne pas déranger. À accepter. À ne pas poser de questions.
Et pourtant… la vérité est que la sécurité médicale n’est pas un don du ciel. Ce n’est pas un luxe. C’est un droit. Et comme tous les droits, il faut le défendre.
Chaque signalement est une pierre dans le mur de la justice. Chaque voix, un écho dans le silence.
Vous n’êtes pas un trouble-fête. Vous êtes un gardien. Un veilleur. Un témoin.
Et si vous avez peur… c’est normal. Mais la peur ne doit pas être plus forte que l’amour. Pour vous. Pour les autres.
Signalez. Pour l’humanité.
James Richmond
Je ne sais pas pourquoi tout le monde fait une montagne de ça. C’est juste un médicament. Si vous avez un doute, demandez. Si vous êtes malade, allez chez le médecin. Voilà.
Je ne vois pas pourquoi on doit écrire un article de 10 pages pour dire ‘vérifiez votre ordonnance’. C’est de la logique de base.
Et puis, les gens qui signalent tout… ils finissent par faire perdre du temps à ceux qui ont vraiment besoin d’aide.
Je suis pour la sécurité. Mais pas pour la paranoïa.