Quand on prend des statines pour réduire le cholestérol, on ne pense pas toujours à la thyroïde. Pourtant, si vous souffrez d’hypothyroidisme, ce simple médicament peut devenir un danger caché. Des milliers de patients développent des douleurs musculaires, des faiblesses, voire une dégradation grave des fibres musculaires - une condition appelée rhabdomyolyse - simplement parce que leur hypothyroidisme n’a pas été bien contrôlé. Ce n’est pas une coïncidence. C’est une interaction pharmacologique bien documentée, et elle peut être évitée.
Comment l’hypothyroidisme augmente le risque de myopathie
L’hypothyroidisme ralentit tout. Le métabolisme, la digestion, la guérison des tissus… et aussi la manière dont le foie décompose les médicaments. Les statines, comme la simvastatine ou l’atorvastatine, sont principalement métabolisées par une enzyme du foie appelée CYP3A4. Chez une personne hypothyroïdienne, cette enzyme fonctionne jusqu’à 40 % plus lentement. Résultat : la statine reste plus longtemps dans le sang. Les concentrations plasmatiques augmentent de 30 à 50 %. C’est comme si vous preniez une dose plus élevée sans le savoir.En parallèle, l’hypothyroidisme affaiblit directement les muscles. Il réduit la production d’énergie dans les mitochondries, les centrales énergétiques des cellules. Les statines font pareil : elles diminuent le niveau de coenzyme Q10, une molécule essentielle pour la production d’énergie musculaire. Quand les deux se combinent, les muscles sont privés d’énergie par deux voies différentes. C’est une double attaque. Des études montrent que les patients hypothyroïdiens ont jusqu’à 4 fois plus de risques de développer des symptômes musculaires que les personnes à thyroïde normale.
Quels statines sont les plus dangereux ?
Toutes les statines ne se valent pas quand on a une thyroïde en sous-activité. Les statines lipophiles - comme la simvastatine, la lovastatine et l’atorvastatine - traversent facilement les membranes cellulaires, y compris celles des muscles. Elles s’accumulent donc plus facilement dans les tissus musculaires. La simvastatine à dose élevée (≥40 mg/jour) est la plus à risque. Chez les patients hypothyroïdiens, l’incidence de myopathie atteint 12,7 %, contre seulement 2,1 % chez les personnes à thyroïde normale.À l’opposé, les statines hydrophiles - comme la pravastatine et la rosuvastatine - ne pénètrent pas aussi facilement dans les muscles. Elles sont éliminées principalement par les reins, pas par le foie. Cela les rend beaucoup plus sûres. La pravastatine ne provoque une myopathie que chez 1,3 % des patients hypothyroïdiens. La rosuvastatine à 10-20 mg/jour n’augmente le risque que de 1,4 fois, contre 3,2 fois pour l’atorvastatine. C’est pourquoi les recommandations de l’American College of Cardiology et de l’Endocrine Society recommandent désormais la rosuvastatine comme première option pour les patients hypothyroïdiens.
Le seuil critique : TSH > 4,0 mUI/L
La clé, ce n’est pas juste d’avoir un diagnostic d’hypothyroidisme. C’est de bien le traiter. Le taux de TSH (hormone stimulant la thyroïde) est le meilleur indicateur. Si votre TSH est au-dessus de 4,0 mUI/L, votre risque de myopathie liée aux statines commence à augmenter. Au-delà de 10 mUI/L, le risque est multiplié par 4,2. Une étude de 2019 portant sur plus de 12 000 patients a montré que même un hypothyroidisme subclinique - TSH entre 4,5 et 10 - augmente le risque de 2,1 fois.Des patients sur PatientsLikeMe ont rapporté que 73 % d’entre eux qui ont eu des douleurs musculaires avaient un TSH supérieur à 4,5 au moment des symptômes. Et quand leur traitement par lévothyroxine a été ajusté pour ramener le TSH entre 0,5 et 3,0 mUI/L, 89 % ont vu leurs symptômes disparaître en 4 à 6 semaines. C’est un changement radical. Le simple fait d’optimiser la thyroïde réduit le risque de myopathie de 78 %, selon des experts de l’Université Johns Hopkins.
Les signes d’alerte et les tests à faire
Les douleurs musculaires, la faiblesse, les crampes, la sensation de lourdeur dans les jambes - ce ne sont pas des effets secondaires mineurs. Dans l’hypothyroidisme, ces symptômes apparaissent souvent à des niveaux de CK (créatine kinase) bien plus bas que chez les patients à thyroïde normale. Un taux de CK supérieur à 5 fois la norme, accompagné de douleurs, est un signal d’arrêt. Si le taux dépasse 10 fois la norme, il faut arrêter la statine immédiatement.Le protocole recommandé est simple :
- Avant de commencer une statine, faire une analyse de TSH et de T4 libre.
- Si le TSH est > 4,0 mUI/L, ajuster la dose de lévothyroxine pour atteindre 0,5-3,0 mUI/L.
- Reprendre le TSH 6 à 8 semaines après le début de la statine ou après un changement de dose.
- Contrôler le taux de CK au départ, puis à 3 mois, et à chaque nouveau symptôme musculaire.
Ne jamais attendre que les douleurs deviennent intenses. Beaucoup de cas de rhabdomyolyse ont été évités simplement parce qu’un médecin a demandé un TSH avant de prescrire une statine.
Et la coenzyme Q10 ?
La coenzyme Q10 est un complément naturel que les muscles utilisent pour produire de l’énergie. Les statines en réduisent la production. Des études montrent que prendre 200 mg par jour de coenzyme Q10 réduit les douleurs musculaires de 53,6 % chez les patients hypothyroïdiens. C’est une aide précieuse. Mais attention : ce n’est pas un remède miracle. Ce n’est pas une alternative à un bon contrôle de la thyroïde. C’est un soutien. Et il n’est pas encore recommandé officiellement dans les lignes directrices - mais de plus en plus de médecins le prescrivent en pratique.
Le coût de l’inaction
Aux États-Unis, 20 millions de personnes ont une hypothyroidisme. 39 millions prennent des statines. La surposition de ces deux groupes représente des millions de personnes à risque. Une étude de 2022 a révélé que 32,4 % des patients hypothyroïdiens arrêtent leur statine dans les 12 mois à cause de douleurs musculaires - contre seulement 14,7 % chez les personnes à thyroïde normale. Cela signifie que plus de 6 millions d’Américains abandonnent un traitement qui sauve des vies, simplement parce qu’ils n’ont pas eu un suivi thyroïdien adéquat.La rhabdomyolyse, elle, coûte en moyenne 18 500 dollars par hospitalisation. Et elle peut être mortelle : entre 10 et 20 % des cas compliqués par une insuffisance rénale aiguë ne survivent pas. Pourtant, avec un bon suivi, 85 à 90 % des patients hypothyroïdiens peuvent continuer à prendre des statines en toute sécurité. Le risque n’est pas dans la statine. Il est dans l’oubli de la thyroïde.
Le futur : des outils plus précis
Une étude publiée en 2023 dans Nature Medicine a identifié un score génétique combinant des variations du gène SLCO1B1 (qui influence le transport des statines) et des gènes liés à la fonction thyroïdienne. Ce score prédit avec 82 % de précision qui va développer une myopathie. Des calculateurs de risque personnalisés sont en cours de validation. D’ici 2025, un médecin pourrait dire à un patient : « Votre profil génétique et votre TSH indiquent un risque faible pour la rosuvastatine, mais élevé pour la simvastatine. »L’Agence européenne des médicaments va bientôt exiger que tous les emballages de statines mentionnent clairement le risque lié à l’hypothyroidisme. C’est un changement majeur. Il reconnaît ce que les cliniciens savent depuis des années : ce n’est pas une rareté. C’est une complication prévisible, prévenable, et trop souvent ignorée.
L’hypothyroidisme peut-il rendre les statines inutiles ?
Non. L’hypothyroidisme ne rend pas les statines inutiles. Il augmente simplement le risque d’effets secondaires musculaires. Quand la thyroïde est bien traitée - avec un TSH entre 0,5 et 3,0 mUI/L - les statines restent tout aussi efficaces pour réduire le cholestérol et prévenir les crises cardiaques. Des études montrent que les patients hypothyroïdiens bien contrôlés ont le même risque cardiovasculaire que les personnes à thyroïde normale qui prennent des statines.
Faut-il systématiquement tester la thyroïde avant de prescrire une statine ?
Pour les patients à risque - ceux de plus de 50 ans, les femmes, les personnes ayant des antécédents de maladie thyroïdienne, ou un cholestérol élevé résistant au traitement - oui. Les lignes directrices de l’American Thyroid Association recommandent un test de TSH avant d’initier une statine. Pour la population générale sans facteurs de risque, ce n’est pas encore obligatoire, mais de plus en plus de médecins le font systématiquement, car c’est un test simple, peu coûteux, et qui peut éviter des complications graves.
Puis-je prendre de la coenzyme Q10 avec ma statine ?
Oui, c’est sûr. La coenzyme Q10 n’interagit pas avec les statines et ne diminue pas leur efficacité. Une dose de 200 mg par jour peut réduire les douleurs musculaires. Cependant, elle ne remplace pas un bon contrôle de la thyroïde. Si vous avez de la fatigue, des crampes ou une faiblesse musculaire, vérifiez d’abord votre TSH. Ensuite, si les symptômes persistent, discutez de la coenzyme Q10 avec votre médecin.
Quelle est la meilleure statine si j’ai une hypothyroidisme ?
La rosuvastatine (10-20 mg/jour) est la première option recommandée. Elle est moins métabolisée par le foie, donc moins affectée par la lenteur du métabolisme liée à l’hypothyroidisme. La pravastatine est une autre bonne alternative. Évitez la simvastatine à forte dose (≥40 mg), surtout si votre TSH est au-dessus de 4,0 mUI/L. La lovastatine et l’atorvastatine doivent aussi être utilisées avec prudence.
Mes douleurs musculaires disparaîtront-elles si je prends plus de lévothyroxine ?
Pas forcément. Prendre plus de lévothyroxine n’est pas la solution. Ce qui compte, c’est d’atteindre un TSH optimal - entre 0,5 et 3,0 mUI/L. Un excès de lévothyroxine peut provoquer une hyperthyroïdie, ce qui présente ses propres risques, notamment pour le cœur. Il faut ajuster la dose lentement, sous surveillance médicale. Une fois le TSH bien régulé, les douleurs musculaires disparaissent dans 89 % des cas, sans changer de statine.
12 commentaires
Suzanne Brouillette
Je viens de voir mon endo et on a ajusté ma lévothyroxine après 3 ans à 50 mcg... et là, plus de crampes aux jambes depuis 2 semaines 🙌 Merci pour ce post, j'ai enfin compris pourquoi j'étais en mode zombie même avec mes statines 😅
Jérémy Dabel
moi j’ai pris simva à 40mg pendant 6 mois et j’étais incapable de monter les escaliers… j’ai cru que j’avais une maladie neuro… en fait c’était juste ma thyroïde qui dormait 🤦♂️ TSH à 7.2… après ajustement, tout est rentré dans l’ordre. Les docteurs devraient tester la thyroïde avant de prescrire n’importe quelle statine… c’est pas compliqué !
Guillaume Franssen
Wahouuuu j’ai lu ça en une seule traite… et j’ai envie de crier à tous les médecins : ‘ARRÊTEZ DE PRESCRIRE LA SIMVASTATINE COMME SI C’ÉTAIT DU BONBON’ 😭
Je suis hypothyroïdien depuis 2018, j’ai eu une rhabdo à 52 ans… j’ai failli y passer… et le médecin m’a dit ‘c’est normal avec les statines’… NON. C’EST PARCE QUE TON TSH EST À 8.5 ET QUE TU NE L’AS JAMAIS REGARDÉ.
La rosuvastatine à 10mg, c’est le Graal. J’en prends depuis 3 ans, pas un muscle qui fait la gueule. Et la CoQ10 ? Oui, je la prends aussi… mais seulement après que le TSH soit bien calé. Sinon, c’est du pipi de chat.
Élaine Bégin
Je déteste quand les gens disent que c’est ‘juste’ de la fatigue… NON. C’est une toxicité musculaire potentiellement mortelle. Et si tu penses que la coenzyme Q10 suffit, tu te trompes lourdement. La thyroïde, c’est le pilier. Sans elle, tu peux prendre 1000 mg de CoQ10, tu vas quand même te retrouver à quatre pattes. Et oui, je suis médecin. Et je le dis haut et fort : TESTEZ LA TSH AVANT. POINT.
Chantal Mees
Il est essentiel de souligner que la régulation de la fonction thyroïdienne constitue un pilier fondamental dans la prévention des effets indésirables musculaires liés à l’administration de statines. Les données cliniques disponibles démontrent une corrélation statistiquement significative entre les niveaux de TSH supérieurs à 4,0 mUI/L et l’augmentation du risque de myopathie. Une approche systématique, fondée sur des protocoles validés, s’impose donc comme une exigence éthique en pratique médicale.
Anne Ramos
Je suis ravie de voir que cette info circule enfin… j’ai perdu mon père à cause d’une rhabdomyolyse non diagnostiquée… il prenait de la simva, et son TSH était à 9… on ne l’a jamais vérifié…
Je dis à tout le monde : si tu as une thyroïde, ou même un doute… demande un TSH. C’est un petit test. C’est pas cher. Et ça peut te sauver la vie. ❤️
Elise Alber
La métabolisation des statines via CYP3A4 est altérée dans les états d’hypothyroïdie primaire, entraînant une cinétique pharmacologique non linéaire. La biodisponibilité plasmatique accrue, combinée à une réduction de la synthèse mitochondriale de CoQ10, crée un phénomène d’accumulation toxique au niveau du tissu myocarde. L’optimisation du TSH à 0,5-3,0 mUI/L réduit la charge métabolique, permettant une exposition thérapeutique sécurisée.
james albery
Vous êtes tous naïfs. Ce n’est pas la thyroïde le problème. C’est que les gens ne prennent pas leurs médicaments comme il faut. La simvastatine à 40 mg, c’est une dose dangereuse pour n’importe qui. Et la coenzyme Q10 ? C’est un complément de boutique de santé, pas un traitement. Si vous voulez éviter les effets secondaires, prenez moins de statine. Point. Ne blamez pas la thyroïde pour vos erreurs de dosage.
Adrien Crouzet
Je suis infirmier dans un centre de soins. On a vu 3 patients en rhabdo en 18 mois. Tous avaient un TSH > 5. Tous prenaient de la simva ou de l’atorva. On a changé en rosuvastatine + ajusté la lévothyroxine. Résultat : zéro nouveau cas depuis 1 an. C’est pas de la magie. C’est de la logique. Faites le test. C’est simple. Ça sauve des vies.
Kitt Eliz
JE VIENS DE DÉCOUVRIR QUE MON TSH ÉTAIT À 6.8 ET J’AI ARRÊTÉ LA SIMVASTATINE… ET LÀ, JE PEUX COURIR ENCORE 🏃♀️💥
Je vous en supplie : si vous avez de la fatigue, des crampes, ou juste l’impression que votre corps vous trahit… allez faire un TSH. C’est gratuit dans mon centre de santé. 10 minutes. Et si vous êtes hypothyroïdien… la rosuvastatine est votre amie. Pas la simva. 💪❤️
Nancy Kou
Il y a trop de gens qui arrêtent leurs statines parce qu’ils ont mal aux jambes… et ils ne savent pas pourquoi. Le vrai problème, c’est qu’on ne teste pas la thyroïde assez tôt. Je suis diabétique et hypothyroïdienne. J’ai pris rosuvastatine à 10 mg depuis 4 ans. TSH à 2.1. Pas un seul problème. C’est possible. Il suffit de bien faire les choses.
Hussien SLeiman
Je vais être le méchant ici, mais il faut arrêter de faire des généralisations. Tous les hypothyroïdiens ne réagissent pas de la même manière. Certains tolèrent très bien la simvastatine. D’autres ont des douleurs avec la rosuvastatine. C’est une question de génétique, de poids, de niveau d’activité, de foie, de reins… tout ça. Et ce score génétique mentionné dans Nature Medicine ? Il n’est pas encore validé en pratique réelle. Vous donnez l’impression que c’est une solution universelle, alors que c’est encore de la recherche. Ne transformez pas un article scientifique en dogme. La médecine, c’est de la nuance, pas des slogans.